AUTISME: Reprogrammer les neurones du patient

Lorsque ces scientifiques du Salk Institute (La Jolla) transforment des cellules de la peau de patients atteints de troubles du spectre autistique (TSA) en neurones, ces neurones présentent des défauts spécifiques par rapport aux neurones dérivés de personnes en bonne santé. Et l’une des principales différences constatées est leur moindre capacité à former des connexions avec d’autres neurones. Cette recherche, présentée dans la revue Molecular Psychiatry, contribue à expliquer de multiples différences de développement et de connexion constatées dans le cerveau de patients autistes. En expliquant ces processus, elle permet de progresser dans la compréhension de ce trouble, et d’avancer sur la voie de nouveaux traitements.

Car l’étude est complexe et livre de nombreuses conclusions intéressantes. Elle utilise les dernières technologies de reprogrammation des cellules souches pour modéliser les premiers stades de ce trouble complexe et évaluer de nouvelles voies thérapeutiques.

Une croissance précoce du cerveau : la recherche contribue à expliquer pourquoi le cerveau de 30% environ des patients souffrant d’un trouble du spectre autistique croît plus vite et plus tôt dans la vie, cet excès de croissance se produisant bien souvent avant le diagnostic. L’étude montre que les cellules précurseurs des neurones, dérivées des cellules issues de patients autistes vont se multiplier plus rapidement (visuel du haut) que les cellules de témoins « sains » (Visuel du bas) et cette prolifération contribue à expliquer l’élargissement du cerveau. De plus, ces neurones dérivés de cellules souches de personnes atteintes d’autisme se comportent de façon anormale, par rapport aux cellules de personnes en bonne santé.

Des différences de connexions :
les neurones dérivés de cellules souches des patients autistes forment moins de connexions (in vitro) que des cellules d’individus exempts d’autisme. Cependant, lorsque les scientifiques ajoutent l’hormone de croissance IGF-1, un médicament actuellement en cours d’évaluation dans des essais cliniques pour le traitement de l’autisme, la communication entre les cellules semble rétablie. L’équipe prévoit d’utiliser de la même manière ces neurones dérivés de cellules issues de patients autistes pour étudier les mécanismes moléculaires à l’origine des effets de l’IGF-1, en particulier des changements dans l’expression de certains gènes en cause dans les TSA.

Bref, cette nouvelle technologie permet de générer de nouvelles observations sur le développement de neurones jusque-là considérés comme intraitables, explique Rusty Gage, professeur de génétique au Laboratoire du Salk et auteur principal de l’étude. « Nous sommes pleins d’enthousiasme à l’idée d’utiliser ces techniques de transformation de cellules souches pour démêler la biologie de l’autisme et avancer vers de nouveaux traitements ».

Source: Molecular Psychiatry 5 July 2016

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